Vous n'êtes pas Jésus, ou presque.
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Abbesses - Birdy Nam Nam.
Combien de fois ai-je écouté cet air en un an ?
Du courrier ce matin.
Combien de lettre ai-je écrites en un an ?
Un e-mail du prof de Monde arabe.
Combien d'e-mail ai-je reçus en un an ?
Il est trop difficile de percevoir tous les changements.
Qui, de nous tous, a le moins changé ?
Qui ressemble encore un peu à ce qu'il fut ?
J'ai écouté des morceaux à m'en déchirer les nerfs.
J'ai pensé à des mots à m'en bousiller le sourire.
La machine à laver hurle.
Combien de lessive, combien de vaisselles, combien de serpillères, combien de douches, combien de shampooing, combien de sonneries de téléphone, combien de sacs de courses, combien d'heure à marcher dehors ?
Combien ai-je été seule cette année ? Les six premiers mois ? Les six derniers mois ?
Si peu.
Je ne comprends pas ceux qui ont besoin de solitude.
Il n'y a pas de bilan à tirer, pas de date significative, je ne sais plus ce que je faisais le 19 octobre dernier, parce qu'il n'y a aucune unité dans l'année écoulée, pas même une succession de période. Tout s'enchevêtre. Tout est en vie.
Avec quelques pensées vers la mort, ceci dit, souvent trop concrètement.
Et dans un an ?
Un an ça ne veut rien dire. C'est trop long et ça part en poussière de secondes. C'est trop court pour une vie. Pas assez pour ne pas courir le risque de mourir entre temps.
J'admire ceux qui osent l'écriture automatique, ceux qui osent dire après avoir pensé.
Je ne suis pas assez forte pour tout avouer. Encore trop brindille pour me confronter aux pires difficultés.
Et j'ai si peur d'être trop forte, devenir dure, cynique, sûr de moi. Si peur de réussir et d'en mépriser ceux qui ne sont pas allés jusque-là.
J'ai ce besoin de fuir la facilité, le confortable, persuadée que je ne le mérite pas. Parce que je n'ai rien fait pour tant de bien. Et ce n'est pas une bonne raison. On ne sauve pas les autres pour se punir de n'avoir pas besoin d'aide.
Vous n'êtes pas Jésus.
Heureusement, il y a les larmes. Pour rester humain, pour mesurer la distance entre l'idéal et la réalité, pour reconnaître qu'on n'a rien vu, rien dit, rien fait. Il y a les larmes pour s'en vouloir, pour s'abandonner, pour s'aimer.
J'aime te faire rire.
Je ne comprends pas ceux qui aiment la solitude, parce que je suis plus vivante à deux.
Combien ai-je aimé cette année ?
Tellement, oh tellement plus fort et plus grand qu'auparavant.
There's a world outside
And i know 'cause i've heard talk
In my sweetest dream
I would go out for a walk
But i don't think i'm ready yet
[Not ready yet - Eels]
Ou presque. °
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