Le sentiment perdu, ou presque.
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° Une semaine sans rien ajouter à ce blog, ça ne va pas du tout.
Une semaine pour pas grand chose. Pour vivre un peu par procuration. Pour faire passer vite le temps.
Mais aussi une semaine pour retrouver les perdus de vue depuis trop longtemps, pour rendre visite et visiter des appartements.
Une semaine pour retrouver les mots de Kundera et sa façon d'expliquer les êtres humains.
C'est certainement ce qu'il y a de plus difficile, quand on écrit. Décrire la complexité des sentiments, sans tomber dans les clichés, aller au-delà de ce que les personnages sont eux-mêmes conscients de ressentir.
Kundera sait raconter comme personne ces instants où l'on découvre des morceaux de soi qu'on ignorait. Des motivations, des buts, des obsessions, des aveuglements.
Quand je lis Kundera, je me dis que c'est fou, que tout le monde éprouve à peu près la même chose à un moment ou un autre de sa vie. Les circonstances, les conséquences, les autres personnes changent, mais le sentiment reste le même. Alors qu'il nous semble qu'il n'y a rien de plus personnel et unique qu'un sentiment.
Vers le chapitre 22 de L'ignorance, j'ai partiellement retrouvé dans les sentiments d'une lycéenne ceux qui m'ont épuisée il y a quelques mois. Cette insupportable conscience que le présent n'est pas seulement l'instant qui précède le futur, que c'est aussi tout ce qui nous sépare du passé et l'éloigne sans cesse et pour toujours.
Ce qui est étrange, ou pas, avec le temps qui passe, c'est que la conscience qu'on a de nos sentiments évolue. On prend du recul, on compare avec les autres souvenirs, les changements actuels. Quelque chose qui me paraissait certain, fort, inoubliable me semble aujourd'hui essentiellement feint et forcé. Certainement parce que j'en ai oublié des morceaux. C'est ce que je me dis par charité envers moi-même.
Sauf qu'il n'y a pas que ça. J'ai relu presque tous les messages, tous ceux que je n'avais pas pris le temps d'effacer au fil des mois.
J'ai perdu un sentiment.
Entre les mots de ces messages, je percevais un sentiment qui n'a pas de nom, pas que je sache.
Le sentiment que l'on éprouve quand on se retient de dire ce qu'on pense, de poser la question qui est le véritable objet du message, par peur d'en faire trop, de déranger, de manquer de confiance. Le sentiment que l'on éprouve quand on s'interdit d'ouvrir les yeux, pour ne pas découvrir qu'on est seul dans le noir.
J'ai supprimé tous les messages où transparaissaient mes doutes et mes supplications silencieuses, tous ceux qui affirmaient comme une obsession les mots que j'aurais voulu recevoir. Il ne reste presque plus aucun message.
Ce n'est qu'en cessant de l'éprouver que j'ai découvert ce sentiment.
Ou en découvrant qu'on peut aussi ne pas avoir besoin d'être rassurée.
Mais c'est la même chose, ou presque. °
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