J'suis trop groooosse, ou presque.
[...]
° Aujourd'hui, atelier Excel et exploitation de données (et de quel droit on les exploiterait ces données hein ? créons leur un syndicat \o_ <-- poing levé). Ahahah trop pas marrant. C'est l'épuisement. Y a marqué que l'article a été écrit à 23h32 parce que j'aime les heures symétriques mais c'est tout à fait faux, je vous mens. On est au fin fond de la nuit, mais j'ai promis un article par jour donc je triche.
Exploitation de données disais-je.
On a fait un sondage en cours de socio, parmi les étudiants de notre vénérable école. Et entre autres, on a demandé à chacun son poids et son âge. Donc on peut calculer les IMC (pour ceux qui ne maîtrisent pas le concept, cliquez sur le mot).
Accrochez-vous.
On est maigre avec un IMC inférieur à 18,5. La France a la population la + mince d'Europe (hommes et femmes) et il y a 4,5% des Français qui ont un IMC < 18,5. Parmi les étudiants interrogés, c'est 12,5%. Et 15,5% des filles.
Il y a 45% de gens en surpoids (ou encore + corpulents, soit obèses) en France (IMC > 25)... et on tombe à environ 5% dans notre étude.
On leur a ensuite demandé s'ils se trouvaient "beaucoup trop maigre" / "un peu trop maigre" / "du bon poids" / "un peu trop corpulent" / "beaucoup trop corpulent".
22% des filles qui se disent "du bon poids" sont en fait maigres.
Parmi celles qui se disent "beaucoup trop corpulente", seules 5,88% sont réellement en surpoids (et on est encore très loin de l'obésité). Les autres ont un IMC normal. 19% ont même un IMC < 20... ce qui était la frontière de la maigreur jusqu'à ces dernières années (selon l'OMS).
Certes, on a étudié en cours que + on s'élève dans la hiérarchie sociale, + la minceur est valorisée chez les femmes (tendance nouvelle qui n'existait pas même il y a 50 ans, où on préférait les femmes avec "des formes"). Mais là on parle de maigreur.
L'étude est loin d'être parfaite, on n'a interrogé que 313 étudiants alors que nous sommes quelques milliers. On a fait ça au hasard, sans étude préalable de la population, certains ont interrogé leurs amis au lieu de jouer le jeu et d'aller voir n'importe qui d'inconnu. Mais même en prenant en compte ses défauts, cette étude révèle que le phénomène est encore + important que ce que je pressentais.
Certains d'entre vous pensent peut-être "anorexie". C'est peut-être le cas pour certaines. Des tendances anorexiques en tout cas, il y en a chez beaucoup, notamment chez ces 19% de "bcp trop corpulentes". L'une des caractéristiques de l'anorexie, c'est de dissocier complètement l'image qu'on a de son corps et l'image renvoyée par le miroir. Le profil-type de l'anorexique, c'est une jeune fille occidentale intelligente de milieu social aisé, alors vous êtes au bon endroit pour en rencontrer. Sauf qu'on parle ici d'une pathologie, l'anorexie mentale pour être précise (l'anorexie tout court c'est juste la perte d'appétit en vocabulaire médical). C'est une pathologie complexe, à causes multiples, mais surtout liée à l'environnement familial et aux événements de la vie.
Toutes ces filles maigres ne sont pas anorexiques. Les "vraies" anorexiques représentent "seulement" 1% de la population. Ces filles maigres (ceci dit, il y a aussi quelques garçons) veulent être "minces" parce que tous leurs modèles sont minces, parce qu'on ne "voit" que des gens minces et que le moindre élément corporel pouvant être assimilé à "du gras" est vivement dénigré, par exemple le haut du bras, à l'intérieur, qui a une tendance naturelle a être mou juste parce que c'est sa forme et qu'on prend pour un immonde résidu graisseux. C'est pratique comme ça même maigre il reste du gras à éliminer. La pression exercée sur le corps est sidérante. Et à force de vouloir être + mince que la voisine, on en vient, tout doucement, tous ensemble, à la maigreur. La pression est créée par un ensemble de mini-causes mais elle est de + en + oppressante. Et ce n'est pas avec des discours anti-anorexie qu'on changera quelque chose puisque ça n'en est pas, vraiment pas, croyez-moi (et que de toute façon on n'interdit pas à quelqu'un d'être malade, donc ça ne fonctionnera pas non plus sur les anorexiques, d'autant qu'elles nient généralement leur maladie).
Il y a de plus en plus de filles autour de moi qui souffrent réellement de leur surpoids imaginaire. Moi-même, j'oscille depuis des années à la frontière de la maigreur, tout en mangeant largement à ma faim et de façon relativement équilibrée (sans jamais avoir su dire non au chocolat). J'en connais qui vivent dans la crainte de devenir "obèse" alors qu'elles sont aussi minces que moi. Et tout en sachant que c'est idiot, tout en m'interdisant d'essayer de perdre du poids, je sais bien qu'il y a une frontière, un certain poids que je n'aime pas dépasser et qui est pourtant tout juste suffisant pour me maintenir dans la catégorie des "IMC normaux". Il y a cette frontière et puis, paradoxalement, il y a mes hanches que je trouve trop pointues pour être désirables.
J'aimerais comprendre cette pression, comprendre ses origines et ses buts, pour l'alléger, pour moi comme pour les autres. Bien sûr il y a la télé, les films, les journaux, l'imitation de ses amis. Et puis la discrimination sociale et à l'embauche. Mais au-delà. Pourquoi cette obsession de la minceur alors qu'on glorifiait les tailles rondes depuis des siècles ?
On pourrait tenir le discours exactement inverse sur l'obésité, pourquoi en avoir si peur, pourquoi en faire une "épidémie" ? Il se trouve que sur ce point, j'ai trouvé quelques éléments de réponse grâce au cours de F&F (oui le cours tout pourri que je critique sans cesse depuis le début du semestre). Mais ça, ce sera pour un autre article, celui-là devrait déjà être assez indigeste comme ça au réveil... =).
Si vous avez tout lu, vous aurez au moins appris que j'ai quelques bases de connaissances scientifiques \o/.
Ou presque. °
[...]