Ad Vitam, ou presque.
[...]
° Aujourd'hui j'ai acheté Les gens.
Non, pas tous. Juste celui de Philippe Labro. Avec dédicace pas pour moi, parce que c'est pour l'offrir.
C'est marrant de commencer un texte comme un post sur VDM.
Sauf qu'à la fin y aura pas de chute.
Ceci dit je pourrais faire comme si j'écrivais sur VDM. Genre raconter que depuis que j'ai commencé à écrire, je suis sur la 112e chaîne du bouquet Orange et qu'à l'écran y a du blé, avec de la musique genre Concerto en Si bémol opus 835 de Van Smith. Du blé. Juste du blé. Des fois on change de scène et c'est une autre vue du blé.
Ah. J'viens de comprendre. En fait c'était la Symphony No.6 "Parstorale" de Beethoven, c'est inscrit à l'écran. J'essaie de saisir l'intérêt de la chaîne.
Mais après tout pourquoi tout devrait-il avoir un intérêt, je vous le demande. Parce que l'homme est une espèce fabulatrice qui a besoin de donner un Sens au réel, répondrait Nancy Huston. Ce livre, L'espèce fabulatrice, est génial.
Ah j'aime trop ce morceau ! C'est le suivant. Il est connu. Ahahah j'suis en train de devenir fan d'une chaîne qui passe des violons sur fond de cascade d'eau. Bientôt je vais acheter des dauphins en fer qui bougent tout seul genre mouvement perpétuel aidé par un mécanisme magnétique.
Les 4 saisons de Vivaldi. Ah bah oui. Des violons, qu'est-ce que j'vous disais.
Comment j'en suis venue à regarder ça ? Bah j'me suis promenée au hasard de la télécommande. Ce qui m'a permis de découvrir la chaîne 111. Nolife, la chaîne des geeks. Oui. En Histoire, on appellerait ça la spécialisation des activités de loisir, conséquence de la modernité. A mes yeux, pauvres d'eux, ce serait plutôt une réponse déplorable et commerciale à un non-besoin, avec de la musique stéréotypée présentée par un geek stéréotypé (je suis sûre que c'est une perruque qu'ils lui ont mise pour qu'il soit en adéquation avec son public) qui a un humour de geek stéréotypé et donc non-drôle.
C'était la partie VDM.
Sinon j'ai une lettre à écrire et un entretien à préparer donc en vrai tout va bien. En vrai. "Les gens qui se croient dans le réel sont les plus ignorants, et cette ignorance est potentiellement meurtrière." Après cette phrase de L'espèce fabulatrice, le métro s'est arrêté et je suis rentrée chez moi.
Parce que c'est chez moi, davantage chaque jour, ou du moins c'est ce que je me dis avec de moins en moins de surprise. 6 mois à quelques jours près. Elles vont passer si vite ces études.
Et sur le quai Montparnasse-Bienvenüe °Mais pourquoi y a-t-il ce phoquing tréma au-dessus du "u", ça n'a aucun sens - le sens, toujours le sens.° sur le quai donc il y avait le garçon avec les cheveux blonds suédois et la fille qui ne connait pas sa taille, les mêmes qui sont descendus Porte de Versailles en même temps que moi à l'aller.
Donc ils sont montés dans la même rame que moi quand j'allais au Salon du livre, ils sont descendus au même endroit pendant qu'il lui demandait "tu fais quelle taille ?" et qu'elle répondait "j'en sais rien" puis ils sont repartis à la même seconde que moi de la même station et ils sont redescendus pour leur changement à Montparnasse.
Combien de gens accompagnons-nous en toute innocence, en toute ignorance, dans chaque déplacement ?
On peut croire que ça n'a aucune importance, peut-être.
Mais on vit des vies tellement inconscientes de l'incroyable entrecroisement, entremêlement des personnalités, des solitudes, des folies, des amours qui courent tout autour, si proches. Justement pas tout autour. On les croit à portée de souffle alors qu'elles sont déjà au fond de nos alvéoles pulmonaires. Il suffit de presque rien pour le sentir, il suffit de faire ce que si peu de gens font. Se parler.
On était les uns à côté des autres, on attendait en faisant comme si on était dans le métro, comme si notre corps se trouvait là provisoirement, un peu par hasard, pendant que notre esprit s'affairait dans une activité bien plus enrichissante, bien plus productive que l'attente. Et puis un monsieur qui parlait trop près du visage de ses interlocuteurs m'a demandé s'il fallait faire la file.
J'ai pensé à quelqu'un, je pense à lui à chaque fois que quelques mots, quelques gestes me donnent envie d'arrêter ce que j'ai prévu de faire pour prolonger l'échange fugitif.
Et cette fois j'ai réussi à être un peu mieux celle que je veux être.
A ce propos, Marie, si tu lis ça un jour, ce que j'espère bien, sache que ça m'a permis de vérifier que la différence est énorme entre la volonté de faire et la volonté de vouloir faire. Donc ton intro sur le parlementarisme n'était pas tout à fait fausse, elle était même certainement plus proche des faits que la phrase rectifiée.
Fermons la parenthèse jamais ouverte.
On s'est mis à parler des livres de Philippe Labro, de la dépression, de la sophrologie, de la psychiatrie, des films, des derniers livres qu'on avait lus. Ils avaient tous au moins le triple de mon âge et on se parlait de ce qui nous passionnait, en moins de 5 minutes.
Il faudrait que ce Salon ne s'arrête jamais, qu'on puisse se réunir tous les jours pour parler des livres dans un hall immense et merveilleusement surchauffé.
J'vous laisse, j'ai des trucs à faire, ou presque. °
[...]
° Aujourd'hui j'ai acheté Les gens.
Non, pas tous. Juste celui de Philippe Labro. Avec dédicace pas pour moi, parce que c'est pour l'offrir.
C'est marrant de commencer un texte comme un post sur VDM.
Sauf qu'à la fin y aura pas de chute.
Ceci dit je pourrais faire comme si j'écrivais sur VDM. Genre raconter que depuis que j'ai commencé à écrire, je suis sur la 112e chaîne du bouquet Orange et qu'à l'écran y a du blé, avec de la musique genre Concerto en Si bémol opus 835 de Van Smith. Du blé. Juste du blé. Des fois on change de scène et c'est une autre vue du blé.
Ah. J'viens de comprendre. En fait c'était la Symphony No.6 "Parstorale" de Beethoven, c'est inscrit à l'écran. J'essaie de saisir l'intérêt de la chaîne.
Mais après tout pourquoi tout devrait-il avoir un intérêt, je vous le demande. Parce que l'homme est une espèce fabulatrice qui a besoin de donner un Sens au réel, répondrait Nancy Huston. Ce livre, L'espèce fabulatrice, est génial.
Ah j'aime trop ce morceau ! C'est le suivant. Il est connu. Ahahah j'suis en train de devenir fan d'une chaîne qui passe des violons sur fond de cascade d'eau. Bientôt je vais acheter des dauphins en fer qui bougent tout seul genre mouvement perpétuel aidé par un mécanisme magnétique.
Les 4 saisons de Vivaldi. Ah bah oui. Des violons, qu'est-ce que j'vous disais.
Comment j'en suis venue à regarder ça ? Bah j'me suis promenée au hasard de la télécommande. Ce qui m'a permis de découvrir la chaîne 111. Nolife, la chaîne des geeks. Oui. En Histoire, on appellerait ça la spécialisation des activités de loisir, conséquence de la modernité. A mes yeux, pauvres d'eux, ce serait plutôt une réponse déplorable et commerciale à un non-besoin, avec de la musique stéréotypée présentée par un geek stéréotypé (je suis sûre que c'est une perruque qu'ils lui ont mise pour qu'il soit en adéquation avec son public) qui a un humour de geek stéréotypé et donc non-drôle.
C'était la partie VDM.
Sinon j'ai une lettre à écrire et un entretien à préparer donc en vrai tout va bien. En vrai. "Les gens qui se croient dans le réel sont les plus ignorants, et cette ignorance est potentiellement meurtrière." Après cette phrase de L'espèce fabulatrice, le métro s'est arrêté et je suis rentrée chez moi.
Parce que c'est chez moi, davantage chaque jour, ou du moins c'est ce que je me dis avec de moins en moins de surprise. 6 mois à quelques jours près. Elles vont passer si vite ces études.
Et sur le quai Montparnasse-Bienvenüe °Mais pourquoi y a-t-il ce phoquing tréma au-dessus du "u", ça n'a aucun sens - le sens, toujours le sens.° sur le quai donc il y avait le garçon avec les cheveux blonds suédois et la fille qui ne connait pas sa taille, les mêmes qui sont descendus Porte de Versailles en même temps que moi à l'aller.
Donc ils sont montés dans la même rame que moi quand j'allais au Salon du livre, ils sont descendus au même endroit pendant qu'il lui demandait "tu fais quelle taille ?" et qu'elle répondait "j'en sais rien" puis ils sont repartis à la même seconde que moi de la même station et ils sont redescendus pour leur changement à Montparnasse.
Combien de gens accompagnons-nous en toute innocence, en toute ignorance, dans chaque déplacement ?
On peut croire que ça n'a aucune importance, peut-être.
Mais on vit des vies tellement inconscientes de l'incroyable entrecroisement, entremêlement des personnalités, des solitudes, des folies, des amours qui courent tout autour, si proches. Justement pas tout autour. On les croit à portée de souffle alors qu'elles sont déjà au fond de nos alvéoles pulmonaires. Il suffit de presque rien pour le sentir, il suffit de faire ce que si peu de gens font. Se parler.
On était les uns à côté des autres, on attendait en faisant comme si on était dans le métro, comme si notre corps se trouvait là provisoirement, un peu par hasard, pendant que notre esprit s'affairait dans une activité bien plus enrichissante, bien plus productive que l'attente. Et puis un monsieur qui parlait trop près du visage de ses interlocuteurs m'a demandé s'il fallait faire la file.
J'ai pensé à quelqu'un, je pense à lui à chaque fois que quelques mots, quelques gestes me donnent envie d'arrêter ce que j'ai prévu de faire pour prolonger l'échange fugitif.
Et cette fois j'ai réussi à être un peu mieux celle que je veux être.
A ce propos, Marie, si tu lis ça un jour, ce que j'espère bien, sache que ça m'a permis de vérifier que la différence est énorme entre la volonté de faire et la volonté de vouloir faire. Donc ton intro sur le parlementarisme n'était pas tout à fait fausse, elle était même certainement plus proche des faits que la phrase rectifiée.
Fermons la parenthèse jamais ouverte.
On s'est mis à parler des livres de Philippe Labro, de la dépression, de la sophrologie, de la psychiatrie, des films, des derniers livres qu'on avait lus. Ils avaient tous au moins le triple de mon âge et on se parlait de ce qui nous passionnait, en moins de 5 minutes.
Il faudrait que ce Salon ne s'arrête jamais, qu'on puisse se réunir tous les jours pour parler des livres dans un hall immense et merveilleusement surchauffé.
J'vous laisse, j'ai des trucs à faire, ou presque. °
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