Essentiel, ou presque.

Publié le par Lisa Dawn

[...]

° Choix multiples. En admettant qu'on ait le choix.
Qu'est-ce qui fait qu'on est heureux ?

J'ai tant écrit, depuis le temps qu'on m'a appris.

"Vous vous êtes demandé ce qui manquait à ces extraordinaires petits pastiches de Mallarmé (un Mallarmé qui aurait lu Proust et adopté la prosodie d'Aragon) que l'an dernier vous fabriquiez en trois heures et qui chaque fois m'éblouissaient. Il leur manquait simplement d'avoir écrit par vous..." Elle s'est arrêtée de lire, m'a regardé. [...]
"... il leur manquait simplement d'avoir été écrits par vous. De vous exprimer, si superficiellement que ce soit. De se rattacher en quelque sorte à ce qu'il y a d'essentiel en vous, à cette chose que vous voulez plus que tout, mais dont vous ne savez pas encore qu'elle est..."
Claude-Edmonde s'interrompt de nouveau. Elle me regarde.
- Le savez-vous désormais ?
[...]
Ainsi cette nuit, ce qui m'a jeté hors du lit, ce qui m'a arraché des bras d'Odile, ce n'est pas seulement le rêve [...] c'est aussi, davantage même, de me retrouver vivant, forcé d'assumer cet état absurde, improbable du moins, d'avoir à me projeter dans un avenir intolérable à imaginer, même dans le bonheur.
J'avais regardé le corps d'Odile, sa beauté alanguie dans le sommeil, ses promesses toutes proches : un bonheur, une sorte de bonheur, je le savais. Mais c'était un savoir inutile, qui ne me donnait aucune assurance, qui ne m'ouvrait aucune issue. [...]
"Vous n'êtes pas encore sorti des limbes de la création littéraire : rien de ce que vous pouvez faire n'a de gravité, au sens quasi physique du terme... [...] Je n'ai pas voulu dire autre chose que ceci : c'est que la littérature est possible seulement au terme d'une première ascèse et comme résultat de cet exercice par quoi l'individu transforme et assimile ses souvenirs douloureux, en même temps qu'il se construit sa personnalité..."

L'écriture ou la vie, Jorge Semprun.

On est jeunes encore, si jeunes. A quelques exceptions près.
Et tant de choses à faire, qu'on le sache, qu'on le veuille, qu'on le croie. Ou non.

"... je cherche la région cruciale de l'âme où le Mal absolu s'oppose à la fraternité." André Malraux
Il avait trouvé ce qu'il y avait d'essentiel en lui, ce qu'il voulait + que tout.

Ok donc là j'suis en train d'me comparer à Jorge Semprun et André Malraux, même pas peur. Non. C'est pas exactement ça. Je me demande ce qui m'est essentiel. Que je sens tout proche depuis quelques jours, sans encore pouvoir le saisir. Il me faudra sûrement encore quelques années.

Tout ce que j'ai vécu, en quelques mois, tout ce qu'on m'a dit, appris, sur l'histoire, les histoires, les autres et moi, maintenant il faudrait y trouver, y choisir peut-être, ce que je suis, ce que je veux faire. En n'oubliant pas que je n'en aurai pas le temps. Tout finit, toujours, trop tôt. En admettant que je puisse, avant cela, parvenir à concilier les contradictions.

Qu'est-ce qui fait qu'on est heureux ?
Est-ce trouver la sérénité, vaincre l'inquiétude, ne pas souffrir ? N'est-ce pas trop simple, cette définition en creux, même si elle est déjà inatteignable ? Parce qu'elle est inatteignable, justement ?
Est-ce qu'on est heureux en accomplissant ce qu'on est, ce qui nous est essentiel ? Ne l'est-on pas avant ? Mais a-t-on le temps de l'accomplir, y a-t-il une fin à l'accomplissement ? Et dans ce cas, peut-on être heureux ?

Bon tout ça devient très abstrait. Ce n'est qu'un résumé du cours de Philo de l'an dernier, entre Epicure et Aristote. Comme quoi ça date pas d'hier. Quoiqu'hier c'est déjà tellement loin.

Pourquoi j'écris tout ça ?
C'est ce qui se passe en ce moment dans la vie des autres, qui m'en parlent, qui fait naître tous ces points d'interrogation.
Une qui file le parfait amour avec la perfection en personne.
Une qui aime et souffre de la distance jusqu'à se poser des questions parfois, après avoir tant attendu, après avoir aimé un autre qui décide de se rapprocher maintenant.
Une qui aime mais n'y croit plus, n'est plus sûre d'aimer et va le quitter.
Une qui aime et y croyait, mais c'est fini, brusquement.
Une qui aime sans oser dire "je t'aime" par peur d'être déçue par sa réaction.
Une qui est bien avec lui, sans l'aimer vraiment.
Un qui aime même si elle est loin, même s'il est parfois tenté.
Une qui aime une autre et fuit un autre, tentée.
Un qui aime et c'est enfin réciproque, alors tant pis s'il faut mentir aux parents.
Un qui aime et ne se remet pas d'avoir été tenté de la remplacer et de l'avoir perdue.
Une qui aime et qui a accepté une deuxième chance après avoir été brièvement remplacée.
Un qui est célibataire et qui aime ça, aux dernières nouvelles.
Un qui est célibataire et attend son tour, patiemment, ou presque.
Une qui est célibataire depuis si longtemps, presque toujours, et ne trouve personne.
Un qui est célibataire et entend le rester désormais.

Lesquels sont heureux ?

Et j'suis où dans la liste ? J'y suis pas. Elle n'est pas exhaustive, ne saurait l'être.
Ceux qui sont heureux ne sont pas toujours ceux qu'on croit.
Et si je parle de leurs amours, c'est parce que souvent quand ils m'en parlent, ils parlent d'être heureux ou non, et ça me semble quelque chose d'essentiel. C'est peut-être juste ce qui m'est essentiel, à moi seulement, l'amour, mais ça me semble davantage.
Et c'est peut-être pas ce qui m'est essentiel, contrairement à ce que j'ai cru longtemps. Ou plutôt, ça m'est essentiel mais c'est peut-être pas ce que je veux plus que tout, en tout cas pas dans le sens commun de vivre toute sa vie avec un autre. Peut-être qu'il y a quelque chose de moins individualiste que je porte en moi, dont je n'ai pas encore conscience. Ou presque. °

[...]
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Publié dans Presque réfléchi

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B
Ta réponse est très bien, très juste.<br /> Elle m'a donné envie de raconter encore plus ma vie, en fait, et puis j'ai changé d'avis. Ça fait un peu "je me censure", mais bon… je ne sais pas ç'aurait été "généreux", et je ne sais pas si c'était vraiment intéressant… Alors voilà !<br /> En gros, je parlais de mon vécu par rapport au fait d'oser, ou plutôt du fait de ne PAS oser.<br /> Et tu n'as pas de chance, pour ta serrure… C'est dingue, qu'on change comme ça des serrures, sans prévenir…
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L
<br /> <br /> ° Oui ça fait très "je me censure" mais ça n'est pas pour autant une mauvaise chose [ou comment contredire la réponse précédente, ou presque =) ]. C'est justement<br /> parce qu'on censure certaines choses que c'est généreux d'en partager d'autres (ou de les partager dans d'autres circonstances qu'un blog que tout le monde peut lire). Si on dévoilait tout, à<br /> longueur de temps, à tout le monde, où serait la générosité, le partage ? On se contenterait de déverser ce qui nous passe par la tête, sans tenir compte de l'interlocuteur. C'est à ce moment-là<br /> que "raconter sa vie" devient négatif, je crois.<br /> <br /> Bon pour la serrure, c'était pas à proprement parler la serrure qui était changée, juste le code d'accès, et c'était probablement pas sans prévenir, le propriétaire de l'appart' a forcément été<br /> prévenu par courrier (ça aurait juste été sympa de me transmettre la nouvelle.... mais on va dire qu'il était parti en voyage). °<br /> <br /> <br /> <br />
B
J'aime bien tes trois derniers articles. Je n'ai pas forcément de choses à écrire autour, mais j'aime bien ces trois articles.<br /> Celui-ci me touche. Quand je l'ai lu, ça m'a donné envie d'écrire une note sur mon blog. Et puis j'ai abandonné.<br /> Mais cette question du bonheur par rapport à l'amour, c'est un sujet qui me touche. À quel point est-on davantage épanoui lorsqu'on aime et que l'on est aimé ? Je sais, je sais que c'est vraiment bien, j'ai déjà eu l'occasion d'entre-apercevoir ce bonheur… Et en même temps, l'amour me semble être quelque-chose de très effrayant.<br /> Je me sens assez épanoui, plutôt satisfait de ma vie, et en même temps, ce n'est que partiellement vrai. Récemment, j'ai fait un article sur la routine. La vraie question que je n'ai pas osé poser, c'était : y a-t-il une routine là où il y a de l'amour ? Y-a-t-il encore de l'amour là où il y a de la routine ?…<br /> Je commence à raconter ma vie, alors que c'est censé être un commentaire de ton texte… Mais c'est bien pour ça que j'ai mis plusieurs jours à me décider à écrire un commentaire sur cet article : je ne savais pas comment parler de ce que tu interroges, sans raconter ma vie…<br /> Bon, en me relisant, je me dis que c'est raisonnable… Es-tu rentrée sur Paris, finalement ?<br /> À bientôt
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L
<br /> <br /> ° Alors peut-être que c'est ça, le problème, avoir peur de l'amour, le trouver effrayant, parce qu'on n'y peut rien, ni le forcer ni l'oublier, l'étouffer. Avoir<br /> peur de souffrir s'il n'est pas partagé. Avoir peur de ne pas tout contrôler, de ne jamais pouvoir faire tout à fait "un" avec l'autre, de s'éloigner de tous les autres si c'est réciproque.<br /> On peut être épanoui sans avoir un compagnon, une petite amie attitrée. Mais pas sans être aimé(e) et surtout pas sans aimer. [Et en ce qui me concerne, je suis plus heureuse quand j'aime, même<br /> quand ça fait mal]<br /> C'est comme pour tout ce qui rend vivant, il faut oser.<br /> <br /> Je crois que la routine peut laisser l'amour vivre, quoi qu'on en dise. Parce que l'amour reste justement l'exceptionnel dans une vie "bien réglée" ou plutôt "prévisible". Autrement dit, on ne<br /> peut pas éviter, au bout d'un certain temps, d'entrer dans une certaine routine, mais il faut continuer de voir l'amour comme quelque chose qui ne se plie pas à cette routine, qui la défie, qui<br /> permet de s'en échapper, d'agir de façon inattendue, jusque dans les gestes "routiniers" comme se dire bonjour ou déjeuner ensemble.<br /> L'important, c'est de ne jamais oublier que c'est fragile, comme sentiment, et qu'il faut rester sincère pour que ça dure.<br /> <br /> <br /> Ah et à propos de raconter sa vie, je ne vois rien de mal à ça, sur un blog, dans des commentaires, entre amis ou avec des inconnus, il vaut mieux parler de ce qu'on connaît, de ce qu'on a vécu,<br /> plutôt que de choses sur lesquelles on se permet d'avoir un avis sans rien en savoir. Raconter sa vie on peut trouver ça impudique mais on peut aussi penser que c'est généreux, d'accepter de<br /> partager ses doutes, ses erreurs, ses plaisirs.<br /> <br /> <br /> <br />
L
Je ne connais pas lali mais je suis d'accord, l' amour de la vie, mais aussi le bonheur de vivre, de partager et enfin de s' eteindre toujours avec le sourrir car on sauras que notre vie à été que bonheur peut-ètre pas pour nous, pas à chaques instants bien sur, mais au moins pour quelqu' un, ou quelques un, croire en la vie et en le partage c' est, de mon point de vue croire au bonheur et vivre le bonheur.(Je sais, j' ai une conception idéaliste, quelques peu utopique aussi mais la notion d' utopie viens de l' homme alors pourquois pas l' exploiter ?^^)bisou
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L
<br /> <br /> ° Entièrement d'accord, même si je vois mal ce que tu veux dire par "exploiter la notion d'utopie". Non, ça ne me gêne pas que tu laisses des commentaires, mais ce<br /> serait mieux de choisir un pseudo qui ne prête pas à confusion. °<br /> <br /> <br /> <br />
L
Je ne doute pas une seule seconde que le bonheur réside ailleurs, et je suis, comment dire, pas "fière", pas "heureuse", mais juste, je ne saurais dire, "bienveillante", quand tu dis que toi aussi tu le portes en toi.<br /> Et puis, tu sais, l'amour, ça ne peut pas se résumer à : elle aime, elle se pose des questions, elle aime encore, elle dit qu'elle est heureuse et quelques fois pas.<br /> L'amour c'est aussi l'amour de la vie. De toutes les vies.
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L
<br /> <br /> ° Eh bien justement, je doute. Qu'il soit ailleurs. Mais effectivement, il faut alors prendre l'amour dans un sens très large.<br /> En fait, cet article est fait de morceaux qui n'ont pas de liens, mais que j'ai cherché à lier, pour en faire un seul article. La "liste" j'y ai pensé en début de journée, le reste m'est venu +<br /> tard, j'y ai ajouté des réflexions passées. Donc cette liste, que j'ai voulu intégrer à ce que je racontais, ne devrait pas se trouver là, parce qu'elle semble réduire l'amour à des relations +<br /> ou moins complexes (et simplifiées à l'extrême). Alors que c'est, aussi, essentiellement, un état d'esprit.<br /> Donc cet article a été mal écrit, parce que je cherche ce que j'essaie de dire et que j'ai du mal à trouver. Merci pour ton commentaire parce qu'il m'a fait comprendre [au moins] un truc. =)<br /> °<br /> <br /> <br /> <br />