Mille ânes, ou presque.

Publié le par Lisa Dawn

[...]

° Ce n'est plus déjà tout à fait d'actualité.
C'était un presque événement la semaine dernière mais on n'en parle déjà plus, ça y est on s'est déchaîné, on peut oublier.
Ceux qui n'ont jamais réussi à écrire quelque chose d'aussi grand, ceux qui croient, parce qu'ils ne l'ont pas vécue, que cette période aurait été différente s'ils avaient été là, parce qu'ils sont meilleurs, tellement moins tristement humains que tous les autres humains qui ont fait des erreurs, ils s'en sont donné à coeur joie.
Et puis c'était tellement satisfaisant de trouver enfin le code pour lire entre les lignes, voilà pourquoi il parle de culpabilité, de délation, de regrets, d'oubli, voilà pourquoi il s'est réfugié loin de chez lui.



Dans le fond je sais peu de choses sur Milan Kundera, j'admire la finesse de sa pensée, je n'ai pas encore lu tous ses livres. Non seulement je n'ai pas envie de croire à ce qu'on lui reproche, la délation d'un homme lorsqu'il était étudiant, mais ça me semble impossible. Pas parce qu'il a écrit de grandes choses, ça n'a pas empêché Céline d'être antisémite. Pas parce qu'il a souvent décrit ce genre de situations et que c'est trop facile d'en déduire que c'est autobiographique. Simplement, quant on était un opposant au régime tchèque dans les années 60, influent et très admiré à l'Ouest, on n'avait pas la chance de voir la police oublier dans ses archives la preuve de notre dualité passée.

J'aimerais continuer, analyser toutes les incohérences de l'accusation, mais quelqu'un l'a fait mieux que moi :

Extraits du
bloc-notes de Bernard-Heni Lévy - Pour l'honneur de Milan Kundera

"Je me moque de savoir si Milan Kundera est bien le jeune homme qui, le 14 mars 1950, s'est présenté dans un commissariat de Prague pour y dénoncer un camarade d'université.

D'abord je n'y crois pas.

Non, franchement, je vois mal l'auteur de « Risibles amours », même dans une autre vie, même dans sa préhistoire, endosser ce rôle de mouchard.

Et tout, dans cette affaire, pue d'ailleurs la manipulation grossière : l'authenticité du document produit, nullement établie ; le fait qu'il ait sagement dormi dans les archives de la police tchèque jusqu'à la veille, comme par hasard, de l'attribution du prix Nobel ; l'étrange attitude, donc, d'une police qui se serait privée, au temps de sa toute-puissance, de faire usage de cette arme terrible contre l'un des plus visibles, et des plus embarrassants, de ses adversaires...

Mais la question, en réalité, n'est pas là.

Elle n'est pas, elle ne devrait pas être, d'argumenter contre les benêts à qui il a suffi d'agiter sous le nez un bout de papier à la typographie « d'époque » pour qu'ils s'en emparent et le prennent pour parole d'évangile.

Le problème est dans cet empressement, justement.

Il est dans la fébrilité de ces journaux qui, dans le monde entier, se sont rués sur cette magnifique occasion de venir chercher un écrivain qu'ils n'avaient, le plus souvent, pas vraiment trouvé le temps de lire ; de le prendre au collet ; et, au terme d'un procès rondement mené, de lui mettre sur le dos une de ces inculpations rétroactives qui ont toujours eu pour vertu de les mettre en joie.

Le problème, le vrai, c'est cette joie, oui, cet enthousiasme, cette complaisance dans la calomnie.

Le problème c'est cette jouissance que l'on a sentie sous la plume de tant de chroniqueurs à la seule idée que l'un des plus grands écrivains vivants ait pu être, lui aussi, ce minable, ce délateur, ce truqueur.

Et le problème c'est la jubilation, encore plus obscène, que l'on a sentie chez les rares qui l'avaient, quand même, un peu lu et qui ont eu le sentiment de tenir là, tout à coup, la clé qui leur faisait défaut, la pièce manquante du puzzle, la raison dernière, et forcément décisive puisque cachée, de tel texte de jeunesse, de telle page restée énigmatique d'un roman de la maturité ou, mieux, de ces particularités biographiques qui les énervaient depuis si longtemps et qui trouvaient brusquement leur humaine, trop humaine explication : son exil, par exemple... sa réticence à rallier, après l'exil, quelque mot d'ordre que ce soit, y compris ceux de la dissidence... ce choix suspect du français... cette façon, quand il retournait dans son pays, de descendre à l'hôtel sous des noms d'emprunt... son refus des interviews... hé, hé... il aurait dû donner l'éveil, ce refus de se livrer corps et âme à la curiosité, à l'exigence de vérité et de transparence, à la volonté d'indiscrétion, qui sont devenues le principe de ce qu'on appelle, de nos jours, une interview d'écrivain... et elle aurait dû nous alerter, cette manie, quand il finissait par en donner quand même une, de la récrire entièrement, de bout en bout, mot à mot - mais pour y effacer quoi, nom de Dieu ? pour y neutraliser quel obscur, quel ténébreux secret ? eh bien voilà... on sait, maintenant... on a compris, à la fin... oh ! le méchant homme... ah ! le salaud lumineux... un grand merci aux archives de la noble police stalinienne qui nous a aidés à y voir clair... un grand bravo au patient travail de la police de la pensée qui a su débusquer la précieuse pièce à conviction, la lettre écarlate, le procès-verbal que nul n'osait plus espérer... tout arrive... il suffit d'être patient... on respire...

Je pense à Milan Kundera.

Je pense, même si je ne le connais guère, à l'accablement que l'on doit éprouver quand on est un géant des lettres et que l'on voit surgir, au soir de sa vie, une meute de nains haineux qui prétendent vous arracher vos masques pour mieux vous cracher au visage.

Je pense à la colère blanche mais impuissante, aux mots qui ne servent à rien, aux communiqués de presse qu'il faut bien produire mais dont on sent qu'ils vous enferrent. [...] Vous n'avez d'autre ressource que d'encaisser, faire le gros dos et vous résoudre à vivre, pour le restant de vos jours, avec une ombre infâme qui n'est même pas la vôtre.

Mais je pense aussi à cette époque qui est, pour le coup, la nôtre et qui rend possible pareille besogne.

J'observe cette très basse époque qui a fait de « Défense d'admirer ! » son slogan le plus sonore et où règnent l'esprit de vengeance, le ressentiment, la haine infantile des écrivains et, au-delà, de tout ce qui est grand.

Et je me dis que c'est un bien triste esprit du temps que celui qui met son orgueil à criminaliser, disqualifier, salir, ce qu'il ne comprend pas et qui le dépasse.

Les livres, heureusement, sont là-qui, c'est une autre loi, survivent aux scorpions de la délation généralisée."

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Publié dans Presque réfléchi

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M
J'ai entendu parler de l'affaire par une amie à qui j'avais parlé de l'insoutenable légèreté de l'être, mais sans vraiment me renseigner. À vrai dire, je n'ai rien d'autre à dire… je n'aime pas me poser des questions dont je n'aurais pas les réponses. Par contre, il y a un petit détail qui me pose question : BHL écrit : "le fait qu'il ait sagement dormi dans les archives de la police tchèque jusqu'à la veille, comme par hasard, de l'attribution du prix Nobel". Comment ça, comme par hasard ? Est-ce que Kundera était nominé pour le prix Nobel ? Et on n'aurait pas voulu qu'il l'ait ? Je me pose la question du "comme par hasard"… En même temps, ça n'a pas beaucoup d'importance pour moi, alors je ne crois pas que je vais me casser la tête sur cette phrase.
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L
<br /> <br /> ° Je pensais avoir répondu à ce commentaire mais visiblement j'ai rêvé - je distingue à peine mes rêves de la vie en ce moment, c'est assez perturbant -<br /> tout ça pour dire que j'ai fait la recherche à ta place, je me posais aussi la question, et en effet Kundera faisait partie des favoris pour le Nobel de Littérature cette année, certains ont donc<br /> trouvé étrange la coïncidence de la révélation la veille de l'attribution du prix (mais je ne crois pas qu'il y ait une liste précise et officilelle des noms potentiellement primés, en tout cas<br /> je ne l'ai pas trouvée).°<br /> <br /> <br /> <br />
N
Alors ben moi j'ai tout lu =D mais le truc que j'voulais dire c'est que j'aurais bien voulu m'appeler Milan Kundera parce que c'est trop la classe.
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L
<br /> <br /> °Dis donc, tu serais pas légèrement en train d'insinuer que mes articles sont trop long, mon petite camarade à bras surmusclés par les passages en caisse ?<br /> Cependant, je reconnais que oui. Non je n'écris pas d'articles trop longs, mais oui c'est trop la classe. Ian Pallach ça sonne trop bien aussi. On devrait tous être tchèques, c'est beaucoup +<br /> classe comme noms.°<br /> <br /> <br /> <br />