Les grandes écoles, les boursiers, les soldes, ou presque.

Publié le par Lisa Dawn

[...]

° Ce débat sur les 30% de boursiers dans les grandes écoles m'exaspère.
Presque pire que celui sur l'id n°. Mais ce dernier m'énerve tellement que je l'écris pas sur mon blog.
Les arguments de ceux qui sont "contre" les quotas me donnent envie de leur graffigner la gueule avec mes ongles tout mous qui font des échardes et détruisent mes collants. Parce que non, c'est pas juste une polémique, genre les grandes écoles disent de la merde et tout le monde leur dit TG. Y en a pour les défendre.

Comme j'suis pote avec le directeur de ScPo sur Fb (comme toute étudiante de la rue St Guillaume qui se respecte), j'ai le bonheur de voir s'étaler à longueur de journées son matraquage de "regardez comment moi j'ai trop raison alors que les autres c'est trop des méchants" (très lourd mais vrai) et les commentaires débiles qu'il reçoit. Alors moi qui pensais vous parler de mon nouveau pull bleu canard à -50%, de mes nouvelles bottines en cuir à -40% et de la veste merveilleuse, vert émeraude, que je n'ai pas achetée parce que 90 euros pour des boutons qui coupent les fils, ça le fait pas, j'vais vous parler d'argent autrement.

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Il y a plein de trucs qui ne vont pas dans le système scolaire français, on le sait. On dit même qu'il faut changer  des choses. Mais on préfère toujours changer le voisin que soi-même : certes le nombre de boursiers dans les grandes écoles n'est pas bien élevé, mais on devrait d'abord réformer le lycée... et là je dis oui, mais non. Il faut arrêter de toujours repousser le moment où on agit. Ceux qui protestent le + fort font des raccourcis stupides et des concours de mauvaise foi. Tout est bon pour expliquer à Richie, comme à un gosse qui ne comprend pas les réalités de la vie, que les quotas, c'est le Mal. Tout en se défendant de dire que c'est les boursiers qu'on vise, nan nan, c'est juste les quotas. Mais bien sûr.

Alors déjà, faut se rendre compte, c'est SUPER injuste si, à cause du quota, à la sortie d'un concours, un petit génie a 11 alors qu'un vilain boursier mangeur de place a eu 10, on prend le boursier : bouuuuh. Pas bien. Franchement. Même que c'est "une guerre contre l'élitisme méritocratique." (sic !!!). Ouais, on tue ton mérite d'avoir eu 11, c'est à dire une note plutôt pourrie, ou disons correcte sans mieux, en prenant un mec qui a eu 10 et qui, comme on le sait, aurait pu avoir 12, parce que les notes d'un concours, ça reste des notes, un autre correcteur t'aurait mis davantage ou beaucoup moins, ducon.
Et c'est pour ça que ça ne fera pas "baisser le niveau" : la note au concours ne dépend pas que du mérite, ni de l'intelligence ! Il y a une part inhérente de chance dans le fait d'entrer dans une grande école. Quelqu'un qui a eu 15 à une épreuve n'est pas toujours + méritant, + intelligent que celui qui a 10, même si les chiffres sont censés ne jamais mentir (ahah). Et surtout, il ne réussira pas forcément mieux une fois en cours, parce que bien souvent les épreuves n'ont qu'un lien éloigné avec les connaissances nécessaires pour suivre ensuite les enseignements. J'en connais qui ont brillamment réussi un concours et qui se ramassent lamentablement à des partiels, d'autres qui l'ont eu de justesse (voire l'ont loupé une première fois) et qui excellent maintenant.

Ensuite, dans ce même commentaire édifiant qui nous parle de "guerre", on trouve une affirmation fort intéressante : "dans les concours d'école de commerce (maths/logique, anglais scolaire, note de synthèse) le "biais social" n'existe pas." Et là on dit tous "lol" bien fort. Oh la méchante, elle est en train de dire que les pauvres, c'est moins logique que les moins pauvres ? Nan. Elle dit pas ça, Lisa. Elle dit que c'est faux : le biais social existe même dans ces petites épreuves gentilles et si faciles, si objectives (ô le joli mot).

D'abord, si on s'intéresse à la caricature du boursier telle qu'une partie des "contre" se l'imagine : l'enfant d'immigré qui vit en banlieue avec plein de frères et soeurs, des parents illettrés et un HLM mal insonorisé. Ce boursier est allé à l'école de la République, il a eu les mêmes cours que ses petits camarades de toute la France. Sauf que c'était un lycée de ZEP (on n'est plus à un cliché près) et que les cours se déroulaient de façon moins paisible que dans les lycées privés de l'autre banlieue, celle avec des jardins grands comme un HLM et des murs très hauts tout autour. Donc biais social.

Mais soyons + subtil, parce que cet exemple est idiot, parce qu'il est réfutable ("oui mais s'il s'en donne les moyens, s'il se lève tôt, il peut réussir, c'est ça la méritocratie"), parce que la majorité des boursiers (et j'en connais de près) ne correspondent pas à ce stéréotype.

Comme tous les concours, les épreuves pour entrer dans une école de commerce (ou n'importe quelle grande école, mais c'est l'exemple donné) se préparent. Et qui dit se préparer dit... prépa. Bien sûr, bien sûr, on PEUT réussir les concours sans avoir fait une prépa d'été, d'hiver ou privée. Sans payer donc. Sauf que se préparer tout seul, c'est moins facile, ça demande de la confiance en soi et beaucoup d'endurance. J'en connais qui l'ont fait et je les admire. Certains l'ont choisi, parce qu'ils s'en sentaient capables. D'autres n'ont pas eu le choix, parce qu'ils n'avaient pas l'argent pour. Personnellement, à l'époque où je devais passer le concours, j'avais pas la force. D'ailleurs ceux que j'ai passés, je les ai plantés. Heureusement, j'ai fait une prépa (celle du CNED) qui ne m'a pas permis de réussir mes concours mais qui m'a donné la finesse nécessaire pour obtenir les félicitations au bac. Sans argent, je ne serais peut-être pas à ScPo.

Et là vient la question qui tue (là encore je cite les commentaires sur le mur de R.D.) : "Que diriez-vous à un fils de pharmacien aisé qui a travaillé dur mais dont la place serait attribuée à candidat boursier malgré de meilleures notes?"
Répondons à ce pauvre fils de pharmacien. Au passage, on notera le cliché, qui ne vient pas de moi cette fois, mais qui montre bien la mentalité qui traîne autour du débat.
Le fils de pharmacien, je lui dis : "Game over, try again".

Qu'est-ce que c'est, "de meilleures notes" ? Selon toute vraisemblance, comme l'a supposé un autre commentaire que j'ai cité, c'est un 11 contre un 10. Et même un écart + serré que ça, parce qu'avec une moyenne de 3 épreuves en général, la sélection se fait sur les dixièmes voire les centièmes de point. Donc voilà, plein de candidats ont eu 12, parmi eux des boursiers (ces gens savent donc lire et écrire, diantre !) mais roh non! pas assez, disons 20%. Zut, il manque 10%. Alors on va aller les chercher dans ceux qui ont eu 11, puis 10. Et quand on les aura, on complètera le numerus clausus des nouveaux étudiants avec les "meilleurs" non-boursiers, mais "meilleurs" c'est une façon de parler parce qu'ils auront eu moins de 12.
Or le fils du pharmacien, celui qui a "travaillé dur", avait 11, et il ne sera pas pris, alors que le méchant boursier qui prend "sa" place avait 10,2. Et là on remarque que, visiblement, le fils du pharmacien aurait eu une place attribuée d'office qu'on lui aurait volée.

Bah moi, je dis que ça serait ça, l'injustice. Qu'on ait une place "de droit". Si l'admission sur dossier n'avait pas existé et que j'avais planté ce concours comme les autres, je n'aurais pas dit que c'était injuste qu'un boursier ait hypothétiquement été "pris à ma place" parce que 1. je ne l'aurais pas su, ils n'envoient pas une lettre pour dire "tu t'es fait baiser, désolé !", 2. si j'avais davantage travaillé par moi-même, j'aurais accru mes chances d'avoir une meilleure note et  d'être prise.

Le fils du pharmacien a eu 11, il n'a peut-être pas travaillé si dur que ça. Et même s'il s'est vraiment défoncé, il a eu 11, pas de chance. Parce qu'une fois encore, c'est une histoire de CHANCE les concours, on ne sait pas sur quel sujet on va tomber, sur quel correcteur, tout se joue à presque rien, je l'ai déjà dit + haut, il aurait pu avoir 11,5 et être pris, il aurait pu avoir 10 et personne ne lui aurait rien "volé" parce que 10 c'est pas assez pour être pris, il n'aurait rien trouvé à redire.

bourse

Dans la vie il y a le mérite et puis il y a le facteur chance. Quand on pinaille sur un écart d'un point, on gueule après la chance, ça semble injuste mais ça s'appelle la vie. On n'a pas toujours ce qu'on pense mériter, c'est triste, mais il me semble que les fils de pharmaciens (et je me range dedans métaphoriquement) ont déjà eu leur "quota" de chance à la naissance.
Ou presque. °

[...]
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Publié dans Presque réfléchi

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B
<br /> Tu ne m'aurais pas rencontré, ton cursus à Marne La vallée n'aurait donc eu strictement aucun intérêt :)<br /> <br /> yeah yeah yeah<br /> <br /> marre des révisions<br /> <br /> binyous<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Moi je trouve ça débile ce que tu dis, un fils de pharmacien ça fait médecine, pas sciences po. Tu racontes vraiment n'importe quoi.<br /> Huh.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> ° =D ! Faudra expliquer ça à Hadrien, ça devrait le convaincre, il a l'air de kiffer les stéréotypes. °<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Quand tu dis " game over, try again " tu as tout à fait raison. Un étudiant d'un milieu aisé peut très facilement rebondir, faut arrêter de déconner. T'as pas eu l'ENS ? tu fais la fac, et tu feras<br /> un beau double master à l'international. T'as pas eu HEC-ESSEC-ESCP et cie ? tu fais une école de commerce plus moyenne, et un MBA à Columbia à 40000 $ après et à 30 ans tu gagnes 15000 euros<br /> mensuel. Tu voulais polytechnique et tu as télécom Bretagne ? cubes ta prépa coco, tu en as les moyens, d'ailleurs tout le monde cube. Ou prend télécom Bretagne et finis ton cycle engineering à<br /> Brown, tu finiras ingénieur à 30 ans et directeur d'usine à 40.<br /> Phoque.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> ° Je dis que tu as tout à fait raison =D.<br /> La preuve, sans Sciences Po, j'aurais fait une double licence à Marne la Vallée, puis un master de Sciences Politiques Internationales (et en + ça m'aurait coûté moins cher que ScPo, mais je<br /> t'aurais pas rencontré donc ça aurait été moins bien ^^). °<br /> <br /> <br /> <br />