Fragmentation, ou presque.

Publié le par Lisa Dawn

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° L'expression "film coup de poing" m'a toujours fait doucement sourire, parce qu'on l'utilise 20 fois par an pour des films qui n'ont en fait rien de frappant. Il ne suffit pas de faire un film sur les immigrés ou les délinquants pour mériter d'être appelé "coup de poing".

Un film rempli de Jean Valjean n'est pas "coup de poing".
Un film avec les gentils qui vivent des trucs durs mais heureusement à la fin ça va mieux, n'est pas "coup de poing".

Dog Pound est un film "coup de poing".

http://www.dogpound-lefilm.com/site/images/officiel/3.jpg

Margaux fera une meilleure critique que moi si elle va le voir, je raconte mal les films et je déteste en lire trop avant d'aller en voir un, donc je n'ajouterai rien.
Mais en sortant de la salle, c'était difficile de se promener au soleil dans les rues de Paris et de ne pas ressentir un d.é.c.a.l.a.g.e. Le truc le + grave de ma vie, c'est de chercher un stage. En sachant bien que je finirai par trouver, même si ça n'est pas exactement ce que j'avais prévu au départ ni ce dont je rêvais.

Tout le reste de ma vie est tellement exactement ce que j'ai envie qu'elle soit.
Et même la perte de ce stage n'est peut-être pas si mauvaise que ça. 

Dog Pound parle de vies qui me sont tout simplement inimaginables, je suis incapable de les comprendre, de me demander ce que j'aurais fait, moi, dans cette situation. Ces vies-là ne font plus partie de mes possibles depuis trop longtemps.

La plupart des gens que je connais vivent dans un monde, le mien, et n'envisagent que celui-là. Ce n'est pas un reproche, c'est naturel, instinctif et c'est peut-être mieux. Ils naissent dans un monde, y grandissent, y travaillent, y élèvent leurs enfants.

J'aime mon monde, j'aime y vivre, c'est de loin le meilleur à mes yeux.
Et pourtant, depuis toujours, quand je pense à "ce que je ferai + tard", j'imagine que ce sera dans un autre monde. Des mondes très différents, mais jamais le mien. Comme si j'avais besoin d'une rupture dans le cours de mes journées.

Le monde de l'art d'abord. J'ai voulu être "dessinatrice", écrivain, cinéaste.
Le monde d'au-dessus du mien, avec des diplomates, des gens qui parlent plein de langues, qui comprennent comment tous les autres mondes fonctionnent. 
Et puis il y a tous les mondes de ceux qui n'ont pas eu ma chance. Parce que même si j'essaie de considérer que certaines choses me sont dues, j'ai toujours eu le sentiment que je devrais mériter ce qui m'arrive et j'ai surtout le sentiment que je ne le mérite pas.

Certes, il y a des gens qui ont tendance à toujours voir le mauvais côté des choses et je fais plutôt partie de l'autre moitié de l'humanité. Mais ma vie est objectivement heureuse, de façon extraordinaire.

Ce que j'essaie de dire, d'une façon plutôt décousue, c'est que je ne sais pas, toujours pas, à nouveau pas, ce que je veux faire "quand je serai grande". Par contre, il est évident que malgré mes doutes, je continue de chercher mon stage dans le secteur associatif.
Peut-être que j'en ai besoin, pour me prouver que je peux le faire et pour savoir comment ça marche vraiment, au-delà de mes fantasmes. Pour perdre encore quelques illusions. Pour pouvoir faire un choix après.
Pour commencer à être adulte. Ou presque. °

[...]

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Publié dans Presque réfléchi

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